Temporalités et trajectoires à l’articulation du quantitatif et du qualitatif, BMS 124, octobre 2014

Temporalités et trajectoires à l’articulation du quantitatif et du qualitatif

[Ceci est une version originale de : Claire Bidart and Arnaud Dupray, “Life Course, Time and Process: Exploring “Trans-” Quantitative and Qualitative Methods”, Bulletin of Sociological Methodology/Bulletin de Méthodologie Sociologique October 2014 124: 5-13, http://bms.sagepub.com/content/124/1/5.full.pdf+html%5D

Processus et temporalités – Explorations méthodologiques
« trans »-quali-quanti

Analyses qualitatives et quantitatives s’opposent et se complètent de diverses manières depuis l’origine des sciences sociales. Leurs positions respectives et leur rôle dans l’administration de la preuve ont évolué et aujourd’hui leurs frontières semblent plus poreuses. De plus en plus de jeunes chercheurs sont compétents sur les deux dimensions, et les « mixed methods » se développent en cherchant à ordonner et à expliciter plus systématiquement les apports respectifs des méthodes qualitatives et quantitatives, à différents moments et étapes d’une même recherche.
Les appels à l’assouplissement des barrières entre ces méthodes ne datent pas d’aujourd’hui. Dans le BMS depuis une trentaine d’années déjà, apparaissent des articles défendant l’idée que les méthodes qualitatives et quantitatives sont complémentaires et interdépendantes plutôt qu’opposées, et que l’on doit rechercher entre elles plutôt des cohérences pratiques que l’application d’une procédure « correcte » qui les cantonnerait chacune dans son domaine (Wilson, 1986; van Meter, 1994). De plus en plus se développent les recherches empiriques « mixtes », mais aussi les mises au point méthodologiques et théoriques défendant une plus grande perméabilité entre ces dimensions (Sale et al., 2002; Maxwell and Loomis, 2003; Hall and Howard, 2008). Les travaux intégrant de façon étroite les perspectives qualitatives et quantitatives, parfois par des approches analytiques différentes portées sur un même ensemble de données, montrent la valeur ajoutée de ces combinaisons qui donnent une vision plus compréhensive de l’objet, mais créent aussi des dimensions nouvelles dans l’analyse.
Plus récemment, on voit aussi apparaître des propositions de dépasser les va-et-vient séquentiels entre ces méthodes, pour arriver à des croisements plus synergiques et innovants entre les types de données et d’analyses, en particulier par l’examen de données qualitatives avec des méthodes quantitatives, ou de données quantitatives avec des techniques qualitatives. Les démographes s’intéressent aux récits, les analyses textuelles adoptent des méthodes de modélisation, des entretiens sont recodés et soumis à des mesures statistiques, des réponses aux questionnaires sont reformulées sous forme de narrations, etc. Ces diverses formes de crossover analyses se développent actuellement et s’avèrent très créatives et prometteuses (Small, 2011).
Ces ouvertures des frontières et ces déplacements appellent à préciser et à relativiser quelques conceptions et oppositions trop souvent associées « automatiquement » à la division quantitatif/qualitatif : données objectives/subjectives, sociologie positiviste ou interprétative, grand/petit échantillon, validité statistique ou démarche compréhensive, variables discrètes ou configurations contextuelles, formalisation mathématique ou association thématique, représentativité ou monographie, sans oublier les débats sur les formes de la causalité.
Dans ce numéro thématique du BMS, nous souhaitons prolonger cet assouplissement des clivages en « jouant » avec les frontières entre ces dimensions. Les articles présentés ici ont en commun de proposer des explorations originales des données par une sorte de va-et-vient entre méthodes qualitatives et quantitatives ou d’« entre-deux » empruntant dans le même temps à l’une et l’autre. Ces analyses exploratoires utilisent en effet des méthodes d’extraction et de traitement de l’information qui ne sont a priori pas directement ajustées au type de données en question. Elles « transgressent », d’une certaine manière, la correspondance entre matériau et méthode de traitement. Elles peuvent ainsi procéder tantôt en « quantifiant » l’information qualitative (collectée au moyen d’entretiens biographiques approfondis) par des opérations de codage et de traitement adaptées, tantôt en reconstituant la richesse compréhensive des histoires de vie à partir de données quantitatives (collectées à grande échelle par un questionnaire).
L’objectif de ce dossier est double. Il s’agit bien sûr d’avancer vers un élargissement de la diversité et de la validité des méthodes, en étendant leurs limites au-delà des routines et des usages orthodoxes. Mais les résultats de ces explorations n’ont pas seulement une visée ludique ou provocatrice. En ouvrant des pistes nouvelles, ils fournissent des éclairages originaux sur les objets qui nous intéressent, et permettent d’étendre ou d’affiner les résultats et interprétations. On peut ensuite travailler à les discuter, à en préciser les conditions d’application et à prolonger les pistes ouvertes de façon modeste et prudente. Il ne s’agit pas, en effet, d’en tirer des conclusions fermes, ni de remettre en cause les méthodes et les usages adéquats qui continuent à faire leurs preuves. L’intérêt de ces déplacements réside surtout dans l’expérimentation et l’ouverture des frontières. Nous envisageons ainsi de nous libérer, provisoirement, des cohérences entre les méthodes de collecte et d’exploitation des matériaux, du caractère probatoire des mesures, de la nécessité de certifier leur généralité (comme on l’attend en général des méthodes quantitatives), ou de leur proximité à la réalité vécue (comme on le requière en général des méthodes qualitatives).
Ces six articles ont aussi en commun de se fonder sur des enquêtes qui permettent d’interroger les temporalités, les calendriers, les récits de vie et les histoires institutionnelles d’un point de vue diachronique. Cette question des temps, des processus et des séquences est en effet au cœur de bien des analyses en sciences sociales (Mendez, 2010). Ce type de matériau longitudinal, susceptible de découpages et de mises en perspectives diverses, se montre propice aux explorations méthodologiques proposées ici. Les interrogations portent sur les processus complexes qui construisent les histoires de vie, les histoires d’entreprises ou la grande Histoire des sciences. Dans la lignée des travaux d’Andrew Abbott (2001), l’analyse des processus sociaux est opérée par la recherche de séquences typiques, d’enchaînements d’événements et de configurations temporelles par lesquelles, loin de se laisser enfermer dans la singularité des parcours, les auteurs recherchent des régularités et des généralisations possibles. Par des procédures explicites de construction de typologies, de stylisation des parcours ou des idées, de catégorisation empirique des trajectoires ou des thématiques, de repérage de critères pertinents, d’identification et de rassemblement raisonnés de cas singuliers, etc., ces recherches originales s’appliquent à développer, mais aussi à exposer très précisément les outils qu’elles mettent en œuvre. Les frontières entre objectivité et subjectivité y sont aussi brouillées, temps objectif des calendriers et temporalités subjectives des « temps forts », des « époques de la vie » et de leur ressenti, ou des « bifurcations professionnelles » sont mis en regard, et les causalités recherchées se situent plutôt dans des configurations complexes de conditions et d’événements que dans des facteurs isolés.
Plusieurs de ces analyses utilisent des méthodes statistiques mais sans prétendre à une représentativité et parfois sans même atteindre à la significativité des différences repérées. Elles peuvent reconstituer des histoires sans en avoir les récits. Elles utilisent aussi des méthodes d’analyse compréhensive des représentations subjectives, en perdant (provisoirement), lors des recodages et des regroupements, une partie du sens donné aux événements et aux arbitrages complexes qui se jouent lors de moments-clés. Ces tentatives d’exploration de méthodes « trans » quali-quanti peuvent donc reposer sur une double frustration, à l’égard du « vrai » qualitatif et du « vrai » quantitatif. Mais, loin d’empêcher ces derniers de se déployer pleinement à d’autres moments de l’analyse, elles ont le mérite de tenter de les articuler autrement. Cela se fait certes au prix de la transgression de leurs limites. Cela peut, aussi, heurter les tenants de la « commensurabilité » qui réclament la stricte cohérence entre les postures épistémologiques et les méthodes. Mais les explorations présentées ici ne prétendent en rien affirmer la découverte de la pierre philosophale sur laquelle tout le monde s’accordera, elles n’engagent pas non plus, dans ces croisements d’outils, des postulats théoriques. Elles se limitent à quelques propositions d’ouverture des méthodes « canoniques » vers des transpositions, des changements de dimension et d’unité de base, des recodages et des reformulations qui peuvent, enrichir l’analyse et proposer des pistes de développement de techniques et d’outils davantage abouties et solides. D’autres canaux d’investigation peuvent être suscités par ces approches, sans porter atteinte aux articulations nécessaires entre théorie et méthode, mais en les laissant simplement provisoirement de côté. Nous pouvons, nous semble-t-il, en attendre quelques innovations et avancées dans les façons de voir, de mesurer et d’analyser nos objets de recherche.

Les six contributions de ce dossier « trans »-quali-quanti

Ces propos liminaires posent le cadre de réflexion dans lequel s’inscrivent les contributions à ce numéro. Nous en présentons brièvement les contenus ci-dessous.
Trois contributions à ce dossier ont été élaborées dans le cadre d’un projet de recherche international, le projet Bipaje (Bifurcations dans les parcours des jeunes). Ce projet débuté fin 2009 et achevé en mars 2013 a réuni une quinzaine de chercheurs et doctorants appartenant à huit institutions de trois pays : l’Argentine, le Canada et la France. Ces trois contributions à partir de matériaux tantôt essentiellement qualitatifs tantôt quantitatif proposent des assemblages méthodologiques originaux pour analyser les carrefours de vie vécus par ces jeunes, les moments où les options se redessinent, les conditions de leurs réorientations professionnelles mais aussi les résonnances entre des événements micro-sociaux enregistrés à l’échelle de parcours de vie singuliers et les systèmes sociétaux de transition de l’école à l’emploi et à la vie adulte.
Comme ces premières contributions, les deux suivantes ont en commun d’envisager des méthodologies non directement « conformes » au matériau collecté : des analyses quantitatives à des perceptions de bien être pour à la fois comptabiliser, décrire et éclairer ce qui fait la « qualité » d’un parcours de vie ; des analyses statistiques et qualitatives à partir de sources qualitatives multiples pour ce qui est du repérage des régimes d’activité dans la création d’entreprises. Elles ont en commun de proposer des typologies, de parcours de vie dans un cas selon la durée, l’ordre et la tonalité des époques de la vie, des changements dans le régime d’activité des entreprises en création dans l’autre cas, en prenant aussi en considération la durée passée dans les différents régimes et leur chronologie.
La dernière contribution en s’efforçant de retracer dans l’espace l’émergence d’une spécialité scientifique justifie l’impératif de combiner traitements quantitatifs (analyse bibliométrique de mots-clés, représentations graphiques…) et entretiens avec des acteurs clés du champ pour dépasser les biais et limites d’une approche méthodologique exclusive.

Trois contributions du projet Bipaje

Le premier article, celui de Dupray et Epiphane, exploite une enquête par questionnaire fermé, mais comportant un module de questions d’opinions sur le vécu d’une réorientation professionnelle, pour prendre la mesure des « bifurcations professionnelles » en début de vie active. La temporalité étudiée est de sept ans après la fin des études mais le phénomène est apprécié à l’aune d’un calendrier mensuel d’activités renseigné sur dix ans.
Cherchant à identifier et mesurer l’importance des bifurcations professionnelles, les auteurs sont amenés à proposer « une lecture qualitative » de leur corpus et notamment des libellés d’emploi à partir du calendrier. Revenir au plus près des données collectées permet de travailler finement la délimitation du phénomène en question. Une fois identifié l’ensemble des parcours comportant une bifurcation, des traitements quantitatifs usuels permettent de mettre au jour les conditions qui les affectent. Les auteurs en dérivent des combinaisons de facteurs conduisant alternativement à une forte probabilité ou à une faible probabilité de bifurquer. Ils extraient alors les individus dont le contexte initial correspond à ces conditions, pour tenter de comprendre comment ces dimensions s’articulent dans un parcours. Ils procèdent alors en restituant des quasi-histoires de vie profitant de l’ensemble des informations collectées dans la base. Ils montrent ainsi que les bifurcations sont différemment configurées selon les coûts temporels, psychologiques, financiers engagés dans leur mise en œuvre. L’articulation d’outils de traitement qualitatif et quantitatif permet ainsi d’identifier une population répondant à des critères multiples et complexes, de dégager des régularités dans les contextes à l’origine des bifurcations professionnelles et de montrer comment les conditions peuvent s’agencer dans un parcours pour générer une nouvelle orientation professionnelle.
Claire Bidart et Catherine Gosselin partent quant à elles d’un matériau qualitatif, des entretiens biographiques qui, dans une phase préliminaire, sont encodés dans un calendrier mensuel de situations et d’événements reconstitués sur 59 mois. Les auteures multiplient les angles et outils d’analyse – quantitatifs à partir du calendrier et qualitatifs en retournant aux entretiens pour comprendre les épisodes de forte coïncidence temporelle d’événements, tout en prenant acte d’emblée qu’il s’agit de parcours de jeunes issus de trois pays avec des contextes sociétaux et systèmes institutionnels différents. Les sauts de l’analyse entre des unités individus et des unités séquences permettent à la fois d’esquisser les particularités nationales en termes de temporalité de ces transitions de l’école à l’emploi et de comprendre comment l’intensité temporelle des événements fait sens en retournant aux récits de vie.
Les auteurs en dégagent différents rapports aux changements qui ne sont pas indépendants du contexte sociétal dans lequel sont encastrés ces parcours. Ce faisant, on montre que ces récits acquièrent une intelligibilité nouvelle et une portée plus générale, au-delà de leur singularité, en rapportant les perceptions et comportements de ces jeunes tels que les entretiens les restituent avec des appréciations plus macro-sociologiques, telles celles qui ressortent de la répartition des individus dans chaque situation (emploi, études, inactivité, études et emploi, chômage) au cours du temps et selon leur pays d’origine. L’intérêt est de montrer que non seulement les angles d’analyse tantôt quantitatifs tantôt qualitatifs apportent des éclairages complémentaires sur les données mais aussi qu’ils s’influencent l’un l’autre : d’une part, en orientant l’analyse et en guidant le choix des histoires de vie qui vont être développées, et d’autre part, en enrichissant la compréhension et l’interprétation d’événements appartenant à une histoire personnelle singulière. De cette manière, l’articulation des niveaux d’analyse permet une montée en généralité en s’extrayant de la singularité propre aux histoires de vie, pour montrer leur cohérence et résonnance avec l’environnement macro social qui les surplombe.
La contribution de Bourdon et al. s’appuie sur le même matériau que les auteures précédentes mais sur une durée plus courte (24 mois) et en donnant une place majeure à la perception subjective des événements par les enquêtés. En effet, les auteurs proposent une méthode pour comptabiliser et décrire « les temps forts » que traversent les jeunes dans leur parcours d’entrée dans la vie adulte et d’accès à l’emploi. L’intérêt de l’indice d’intensité des temps forts consiste d’abord à synthétiser une information abondante et à pointer des périodes sensibles, critiques, ayant pu déstabiliser ou modifier l’orientation d’un parcours de vie.
Outre leur analyse des temps forts (types d’événements, fréquence dans les calendriers, concentration temporelle, lien avec des changements professionnels…), les auteurs dans une dernière étape retournent au matériau qualitatif des entretiens pour contextualiser ces moments de forte intensité événementielle et émotionnelle à partir de parcours à haute intensité de temps forts. Les récits de vie éclairent alors l’enchaînement des événements et la genèse des temps forts. Ils permettent aussi de tester en quelque sorte l’échelle de mesure adoptée pour chiffrer le poids des événements et définir leur rayonnement dans les mois ultérieurs à celui-ci. L’indice d’intensité des temps forts apparaît ainsi comme un outil heuristique pour synthétiser l’information et focaliser l’analyse sur des périodes particulièrement riches en événements. En outre, il permet de mettre en relief les interdépendances entre événements relevant de différentes sphères de la vie (affective, professionnelle, résidentielle, familiale…).

Deux méthodologies non directement « conformes » au matériau collecté

La proposition suivante, de Lelièvre et Robette, rompt avec ces temporalités de moyen-terme pour considérer un calendrier de vie annuel sur une durée de 50 à 70 ans. Elle propose de traiter de manière quantitative une thématique éminemment subjective, celle de la perception de la qualité de la vie. Le matériau original de l’enquête Biographies et entourage, réalisée en 2001 par l’INED et mobilisée dans leur contribution leur permet de relier ces recensions de situations factuelles (liées à la famille, à la vie affective, à l’emploi, au logement etc…) à la perception subjective portée par les personnes enquêtées sur cette narration organisée de leur vie, via le cadre de collecte. En effet, il était demandé aux personnes de découper leur vie en époques différentes, de caractériser ce qui les différencie et de porter un jugement sur la « tonalité » globale de chaque époque – années très difficiles à très bonnes en passant par trois modalités intermédiaires.
La condition d’une exploitation quantitative du corpus est ainsi fournie d’emblée par le matériau qui permet de mettre en regard des événements factuels et le jugement porté sur ceux-ci par les enquêtés. Les traitements statistiques appliqués permettent la mise en regard de jalons factuels et de tournants biographiques (le passage d’une époque à la suivante). Les auteurs montrent en particulier qu’hommes et femmes n’attachent pas la même importance aux mêmes événements : les événements familiaux sont plus souvent associés à des tournants biographiques parmi les femmes que parmi les hommes alors que l’inverse se vérifie pour les événements professionnels. Une méthode d’Optimal Matching suivie d’une classification ascendante hiérarchique est ensuite mobilisée sur les enregistrements annuels de tonalité pour synthétiser en quelques classes cette extrême diversité des trajectoires. Une présentation sous forme de chronogrammes permet de repérer ce qui caractérise, en termes de tonalité, chacune des classes de parcours. Celles-ci sont ensuite confrontées aux caractéristiques socio-démographiques des individus (sexe, métier, niveau de diplôme) et aux événements biographiques (séparation, migration, décès d’un proche…).
Pour étudier les processus de création d’entreprises, Barthe, Chauvac et Grossetti s’emparent dans leur contribution d’un riche matériau qualitatif composé d’entretiens avec des dirigeants et créateurs d’entreprises, réalisés en deux vagues, et des sources écrites. Ces sources ont permis dans un premier temps de constituer des narrations de récits à partir desquelles sont systématisées et formalisées certaines informations en vue de traitements statistiques.
A partir de ces narrations et de quelques indicateurs quantitatifs, les auteurs distinguent cinq régimes d’activité (exploratoire, de crise, de survie, de projet, de marché) qui correspondent à des phases possibles d’évolution de ces nouvelles activités.
Après avoir décrit qualitativement ces régimes d’activité, chacune des 66 entreprises du corpus étudié est codée annuellement en fonction du régime d’activité la caractérisant, offrant la possibilité de construire un arbre exhaustif des séquences des régimes d’activité. Les parcours correspondants peuvent être ensuite décrits quantitativement pour conduire à une typologie de parcours d’évolution en six classes. Malgré les efforts d’objectivation des paramètres permettant de distinguer les régimes d’activité entre eux et les passages de l’un à l’autre, les auteurs n’éludent pas les difficultés d’une telle systématisation qui réclame souvent, pour entériner les appartenances, de retourner au matériau des entretiens. Comme pour l’analyse des calendriers individuels de situation ou d’activité qui permettent de faire varier l’unité étudiée, l’approche proposée est adaptée à la saisie de processus temporels impliquant de multiples acteurs et où il est loisible de faire varier les niveaux d’analyse : personnes, relations entre elles, entreprises, etc. En outre, la quantification de certaines informations n’est rendue possible « qu’en tirant vers le haut » l’analyse du matériau qualitatif mettant en évidence l’enrichissement réciproque des traitements quantitatif et qualitatif permis par ce couplage.

Bibliométrique et entretiens avec des acteurs clés d’un champ

Le dernier article s’inscrit dans le courant de la sociologie des sciences et croise des traitements de nature quantitative (statistiques de comptage, représentations graphiques) et qualitative (entretiens individuels) pour tenter de comprendre comment une spécialité scientifique (la réparation de l’ADN) émerge à partir des localisations et déplacements géographiques des précurseurs de la discipline. L’intérêt méthodologique de la contribution est de montrer les limites et impasses d’une approche qui s’en tiendrait à une analyse bibliométrique ou à l’inverse qui ferait trop exclusivement crédit aux témoignages des acteurs du champ. Une méthode mixte est donc proposée par Marion Masonobe, articulant analyse bibliométrique et approche prosopographique.
Le comptage des publications en fonction des mots-clés dans des bases de données, l’intensité des publications selon les auteurs, les laboratoires d’appartenance et leur localisation spatiale permet un cadrage des points de concentration des productions relatives à cette spécialité. Et des entretiens avec les auteurs à forte intensité productive sur cette thématique dans les années qui ont suivi l’apparition des premiers articles comportant en mot clé « réparation de l’ADN », ont permis de reconstituer les points géographiques à partir desquels se sont diffusés les travaux relatifs à cette spécialité. Plusieurs foyers de production et de diffusion sont ainsi identifiés au travers, notamment, des mobilités institutionnelles des acteurs du champ.

Références

Abbott A (2001) Time Matters – On Theory and Method. Chicago: University of Chicago Press.
Hall B and Howard K (2008) A Synergistic Approach – Conducting Mixed Methods Research with Typological and Systemic Design Considerations. Journal of Mixed Methods Research, 2: 248-69.
Maxwell J and Loomis D (2003) Mixed Methods Design – An Alternative Approach. In Tashakkori A and Teddlie C (eds) Handbook of Mixed Methods in Social and Behavioral Research. Thousand Oaks, CA: Sage, 241-72.
Mendez A (ed.) (2010) Processus, concepts et méthode pour l’analyse temporelle en sciences sociales. Louvain la Neuve: Academia Bruylant.
Sale JEM, Lohfeld LH and Brazil K (2002) Revisiting the Quantitative-Qualitative Debate – Implications for Mixed-Methods Research. Quality and Quantity, 36: 43-53.
Small ML (2011) How to Conduct a Mixed Methods Study – Recent Trends in a Rapidly Growing Literature. Annual Review of Sociology, 37, 57-86.
Van Meter KM (1994) Sociological Methodology. Bulletin de méthodologie sociologique, 42: 72-94.
Wilson TP (1986) Qualitative “versus” Quantitative Methods in Social Research. Bulletin de méthodologie sociologique, 10, 25-51.

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